| Notes de lecture par Boniface Mongo-Mboussa
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Julien Fortin a vécu un an à Lambaréné au Gabon, où il a suivi son amie, Marie-Luise, venue parfaire sa science en médecine sur la malaria. De cette expérience, Julien Fortin, une fois rentré en France, tire un livre : Chroniques du Gabon. Son sous-titre, Direction Lambaréné, Gabon : entre le fleuve et la forêt vierge…, qui, curieusement, se trouve à la quatrième de couverture est un vaste programme. Plus bas, la première phrase nous annonce « un voyage au cœur du patchwork africain ». Subtilement, on glisse du Gabon à l’Afrique. Mais ne nous étonnons pas : l’Afrique ou la Gabon, pour l’auteur c’est du pareil au même. Certes, de temps en temps, Julien Fortin, sort du Gabon, fait une escapade au Cameroun ou en Guinée, pays frontaliers. Mais, de là à généraliser…
Le livre s’ouvre par un prologue, dans lequel Julien Fortin nous apprend qu’il quitte à regret le Sri Lanka, « île paradisiaque », pour le Gabon, où réside son âme sœur. Supportant mal « l’oisiveté » à l’africaine, il devient un « ethnologue en herbe ». D’où ce livre, où l’on apprend en épilogue, que « l’Afrique noire, vue du Gabon, est un patchwork aux dessins très fins, mais aux coutures très épaisses. Elle balance le voyageur entre la déprime et la joie, le désespoir de situations sans issues ou d’absurdités morbides et la jouissance de gaietés simples, omniprésentes et jubilatoires, foncièrement naturelles ». On croit lire un explorateur du XIXème siècle. En fermant ce livre, j’ai voulu revisiter Ma vie et ma pensée du Docteur Albert Schweitzer, paru en 1960 chez Albin Michel, puisque, après tout, c’est bien lui qui a introduit dans l’imaginaire national le Gabon, ou plus précisément, Lambaréné. Voici, ce que je trouve au fil de ma lecture :
« Ce que mes amis trouvaient de plus déraisonnable dans mon projet, c’est qu’au lieu de partir pour l’Afrique en qualité de missionnaire, je voulais y aller comme médecin. […] Je voulais devenir médecin pour pouvoir travailler sans parler. »
À l’heure où l’Afrique centrale est rassasiée jusqu’à la nausée par les prêches des télé évangélistes, qui, comble de l’ironie, sont ses propres fils, les propos d’Albert Schweitzer, ce grand blanc de Lambaréné, extraits de son autobiographie, Ma vie et ma pensée, devraient nous inviter à un peu d’humilité, lorsque l’on se propose de parler de l’Afrique ou au nom de l’Afrique.
Boniface Mongo-Mboussa
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